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Mis à jour
le 28 Avril 2001
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[Sommaire] / [Prélude] [Chapitre 1] [Chapitre 2]
Les trois marchands de
l’Île des Citées Pourpres étaient déjà
là, attablés autours d’une des tables les plus discrètes
du Cochon Grillé, buvant nerveusement leurs verres de vins et se
parlant à voix basse.
Il y avait là Korün le Bref (tirant son surnom de la rapidité
avec laquelle il menait ses affaires, toujours pressé par l’appas
du gain), Tirshan l’avare et son neveu, Krelh de Neros, jeune dandy ambitieux
que son père avait confié a son oncle, dans l’espoir que
le monde des affaires calmerai ses penchants pour les mauvaises fréquentations
qu’il entretenait avec des adeptes de Bâlaan.
Il n’avait fallu qu’un démon de savoir mineur à
Farylh Vern pour tout savoir de ses trois futurs « victimes »
qui allaient y laisser leurs bourses, se délectant d’avance de la
peur qu’inspirerai sa seule présence à ses trois écervelés
qui croyaient pouvoir mener une affaire avec un Melnibonéen, sous
prétexte que l’île aux Dragons était tombée,
trahie par son Empereur albinos…
Tout en ressassant une fois de plus ses sombres pensées sur
la trahison de son Empereur (non pas que la Citée qui Rêve
lui eu tellement manqué, Farylh étant un des rares melnibonéen
au sang pur ayant prisé le goût de l’aventure et des combats…
mais son frère, Orius, anciennement Grand Sorcier d’Imryrr, était
tombé avec la cité, créant un vide immense dans le
cœur du melnibonéen que seule la mort de son Empereur pourrait combler),
Farylh Vern se dirigea d’un pas nonchalant vers les trois marchands, suivi
par un silence de mort de la part des humains présents dans la taverne,
qui reconnaissaient les traits d’un melnibonéen et croyaient déjà
voir leur mort prochaine…
Le silence alerta les trois marchands qui se tournèrent
vers Farylh ; la peur se lue dans les yeux de Tirshan et de Krelh, Korün
le Bref laissant voir une trace de reproche dans les siens, vite effacée
de crainte d’être mal vu par son futur associé (c’est lui
qui avait accosté pour la première fois le Sorcier, à
« La Sirène Rougissante », la taverne dans laquelle
celui-ci logeait).
- Bien le bonsoir, messieurs ! » lança Farylh de sa voix la plus joviale, tout en s’affalant sur le coussin usé de la chaise laissée vacante à son intention.Les trois hommes échangèrent des regards effrayés, puis Korün le Bref se racla la gorge :
« J’espère que vous pardonnerez mon petit retard (cela faisait déjà prés d’une heure que les marchands s’impatientaient), mais une patrouille des gardes de Jadmar, trop sûr de leur Dieu, se sont laissé aller à des grossièretés qu’un gentilhomme tel que moi ne pouvait ignorer… A l’heure qu’il est, les prêtres de Donblas doivent encore essayés d’éteindre l’incendie qui fait rage dans la Rue des Coupeurs de Bourses…
Mais me voilà enfin, et j’admire votre patience, fort précieuse de la part de si noble marchands ! »
- Hem… Bien le bonsoir à vous, messire Vern… Le retard ne nous a pas tant incommodé, cela nous a permis de discuter affaires courantes. Prendrez-vous une pinte de ce vin ? Il vient de Bakshaan, et son fruité n’est pas mauvais… même s’il ne doit pas égaler le plus médiocre de feu la Cité qui Rêve. »Le visage de Farylh passa de la jovialité à son air grave et menaçant, plus coutumier :
- Ma bonté naturelle me permet d’excuser votre maladresse, mais c’est la dernière…Se versant du vin, il ajouta, d’un ton plus modéré (le visage de Korün avait viré de son rouge gai au gris terne d’un mort en sursis) :
« Mais nous somme là pour parler affaire, et vous ne m’avez toujours pas présenté vos deux compagnons…Korün le Bref, loquace jusqu’à ce moment de son histoire, se tut soudain, apparemment encore sous le choc de cette rencontre. A la grande surprise du melnibonéen, ce fut Krelh de Neros qui pris la suite du récit, d’une voix fluette et intimidée :
- Effectivement (le Bref retrouvait sa voix après avoir vidé sa coupe de vin), mille pardons… Je vous présente : Tirshan et son neveu, Krelh de Neros. Krelh débute dans les affaires, mais Tirshan est un des marchands les plus renommé de l’Île des Cités Pourpres, à égalité avec moi même, votre humble serviteur…
En fait, à nous deux, nous devons gérer prés du quart du négoce de notre Île, ce qui n’est pas rien vu la concurrence déloyale que nous mènent certains de nos confrères.
Pour survivre, nous avons du faire alliance il y a quatre ans. Mes tri mats étant les plus rapides de la Flotte des Marchands, alliés à sa grande fortune, nous avons vite fait de prospérer, ce qui nous permet aujourd’hui de faire appel à vous dans l’affaire qui nous préoccupe…
En vérité, c’est vraiment une chance que vous vous soyez trouver dans Ilmyr, nous ne pensions pas trouver de Sorcier suffisamment puissant ici-même. A vrai dire (le marchand ignorait délibérément les regards de reproche que sa grande tirade avait déclenché de la part de Tirshan l’avare), nous n’étions même pas sûr de trouver notre bonheur à Bakshaan, notre ville de destination, lieu du problème qui vous amène ici…- Hem, désolé de t’interrompre, cher associé, mais notre hôte n’a peut-être pas toute la nuit devant lui, aussi je suggère d’en venir aux f…
« Mais non, laissez, seigneur Tirshan, je suis passionné par les dires de votre ami et associé ! (le melnibonéen feignait de ne pas remarquer le jeune dandy, Krelh, le dévorer des yeux, ni les coup de pieds inutiles que lui donnait son oncle sous la table) Poursuivez donc, fier marchand ! »
- Heu, oui… Je disais donc que nous désespérions de trouvez quelqu’un de votre trempe (Korün se rendait apparemment compte que le vin l’avait par trop fait parler…), mais vous voilà, grand bien nous en fasse !
« Le problème est le suivant : il y a de cela trois semaines, une galère de Pan’Tang accosta au port du Vieil Hrolmar, où nous nous étions établis pour vendre un stock de tissu précieux fabriqué par des tisseurs de l’Est Inconnu. En vérité, nous avions là une affaire des plus intéressantes, certainement la meilleure depuis notre association, et nous espérions en tirer un profit digne de ce nom. Or, le mauvais œil devait nous avoir pris pour cible, car ce qui aurait dû nous prendre tout au plus deux ou trois jours de négociation perdurai tant que nous redoutions le pire : vendre à perte !
Le jours ou nous commencions à nous rendre à l’évidence, le capitaine de la galère Pan’Tangienne vint nous trouver dans les quartiers que nous avions loués comme lieu de négoce… »
Tirshan, las de donner des coups de pied à son simplet de neveu, pris la parole, profitant d’une courte pause de son confrère qui avait saisi son verre de vin :
- Un drôle d’homme que ce Pan’Tangien, pour sûr ! La mine austère, un regard vous faisant passer pour son futur repas, et un grand tatouage du Chaos sur le devant de son pourpoint ! Non pas que les adorateurs du chaos me gène… loin de là… mais celui-ci !…
Et pour compléter le tout, des bagues plein les doigts, une amulette en os et une hache pendue à sa ceinture qui semblait nous regarder avec haine et envie (Tirshan s’avisa alors du fredonnement que semblaient émettre les deux lames orientales de Farylh, ce qui eu pour effet de lui faire perdre sa voix)…
- Mais, reprit un Korün rendu sourd par le vin, il nous dit être intéressé par le stock entier de nos si beaux tissus, sans même ce soucier du prix ! Comprenez moi bien, si nous n’étions pas si désespérés par la malchance qui nous poursuivait depuis notre arrivée au Vieux Hrolmar, nous aurions certainement attendu un client plus présentable… Mais quand une aubaine se présente après des semaines de vaches maigres…
Donc nous avons conclu l’affaire, et il est reparti en direction du port.Or, trois jours plus tard, alors que nous faisions déjà voile vers Bakshaan et ses trésors de marchandises, voilà que ce triste individu réapparaît, venant de nul part, sur la proue de notre navire principale, le « Rejeton de Straasha » ! Tout Sorcier Pan’Tangien qu’il fut, je m’apprêtais à l’agonir d’insultes, mais il me devança en ses termes :
« Revoilà mes voleurs ! Alors comme ça vous pensiez vraiment vous jouer de moi si facilement ! En m’insultant de la sorte, vous insultez mon Théocrate, ce qui revient à la peine capitale : torture pour l’éternité ! (je dois avoué que je n’étais plus très sûr de vouloir l’insulter, c’est qu’il paraissait bougrement sérieux…et les Pan’Tangien ne sont pas connu pour leur savoir vivre) Mais je vous laisse une chance de mourir honorablement, à toi et à tes laquais : va immédiatement me chercher le Tapis de Vérité, et peut-être serais-je assez clément pour ne t’amputer que d’un ou deux membres… »
- Si mon oncle et Korün le permet, je crois devoir dire que nous devons tous notre survie aux bonnes œuvres de Straasha… car au moment le plus opportun, un banc de Vhaasqs, ces gros poissons volants, se mit à traverser notre navire de bâbord à tribord, percutant de plein fouet plusieurs marins et le Pan’Tangien, assommé par la violence du choc ! Mon, oncle, vif d’esprit comme à son habitude, ordonna aux marins les plus proches de jeter le Sorcier par dessus bord, ce qu’ils firent avec empressement… »A la fin de cette tirade, le silence se fit dans la taverne du Cochon Grillé. Les rares personnes encore présente se retirèrent tous, et il ne resta bientôt plus que les trois marchands et Farylh Vern, le tenancier n’osant les interrompre par peur du melnibonéen et de la voix d’outre-tombe sortie des lèvres du jeune dandy. Farylh, amusé par la voix de ce dernier et intéressé malgré lui par leur histoire, finit par demander :
- Heu, oui (le coupa son oncle), je sais que ce geste peut paraître quelque peu cavalier, mais il faut que vous compreniez bien la crainte que nous avait inspiré ce Sorcier de Pan’Tang. Après tout, ceux de sa race sont connus pour être les sorciers les plus redoutables de tous les Jeunes Royaumes (après les Melnibonéens, bien sûr…), et je suis sûr que d’honnêtes marins n’auraient pu faire face à sa terrible Hache, qui frémissait déjà comme une sirène sur le feu…
« Je connais la renommée de Pan’Tang et des dégénérés qui y vivent, dit Farylh. Ce ne sont tout au plus que de vulgaires parvenus, qui, en essayant d’égaler notre art dans la sorcellerie, n’ont réussi qu’a pervertir la pureté du Chaos tel que nous autres Melnibonéens l’adorons… Mais continuez, je vous prie, votre récit me plaît.
- Merci, maître de l’Art… Donc, une fois certain que le drôle allait finir dans le ventre des requins (heureusement nombreux dans les eaux où nous nous trouvions) et autres créatures de Straasha, nous reprîmes la route vers Jadmar, notre port de ravitaillement, où nous avons accosté une semaine plus tard, il y a cinq jours à compter de ce soir… »
« Cette événement aurais déjà été oublié, repris Korün, quelque peu dégrisé, si, deux jours avant d’accoster, le spectre du défunt ne nous étais apparut en rêve… je dit nous, c’est à dire nous trois ici présent. Après consultation, le fantôme du Pan’Tangien nous à tous lancé les mêmes imprécations… »
Une fois encore, le neveux de Tirshan surpris Farylh en imitant d’une voix sépulcrale les paroles du prétendu mort, faisant virer au blanc ses deux comparses :
- Soyez maudis vous qui pensiez vous débarrasser d’un envoyé du Théocrate en quête religieuse ! La malédiction de Malock vous suivra pour l’éternité, et Pan’Tang aura sa vengeance ! Vous bénirez la souffrance que vous réserve la fin de votre vie quand viendra pour vous le moment de me rejoindre ! Vos âmes sont d’ors et déjà promises à Celui Qui Sait Tout ! A bientôt… »
- Est-ce tout ce que vous avez à me dire à propos de cette
nuit ? Vous ne m’avez toujours pas parlé du Tapis de Vérité
dont parlait le Pan’Tangien. »
- Le lendemain matin, dit Korün d’une voix étranglée,
nos marins nous ont réveillé très effrayés,
en nous disant que les trois gars qui avaient jeté le Sorcier par
dessus bord avait été retrouvés morts, les cheveux
blanchis comme sous l’effet d’une peur atroce, marqué aux fers par
le symbole d’un œil fermé au niveau du cœur. Comme celui que nous
portons tous trois désormais derrière la nuque… »
- Quand au soi-disant Tapis de Vérité, nous vous jurons par tous les Dieux n’en rien connaître ! Sinon, vous pensez bien que nous aurions été trop heureux de le lui remettre à son intrusion sur le Rejeton de Straasha ! Ou même à l’envoyer au Théocrate en espérant qu’il nous retire cette… malédiction ! »Ils se levèrent et prirent la direction de la sortie, laissant le sorcier seul face à Krelh de Neros, qui le dévorait de nouveau des yeux. Au bout de 15 minutes d’observation intense, Krelh se décida à prendre la parole :
Farylh, prenant tout à coup un air songeur, déclara :
- De toute façon, ne comptez pas sûr la moindre pitié de la part du fou qui dirige Pan’Tang… Les Statues Hurlantes qui parsèment leur ville ne sont pas des affabulations de la part des marins qui ont eu l’audace d’y mettre les pieds… et pourtant, c’est loin d’être le pire des sorts réservés à ceux qui ont le malheur de déplaire au Théocrate, loin de là… Quand à ce tapis… Mais qu’attendez-vous de moi exactement ? »
- Que vous trouviez le moyen de nous ôter cette fichue malédiction, et ces horribles tatouages par la même occasion ! » s’écria Korün, « Que vous fassiez disparaître ce spectre qui revient nous hanter pratiquement toute les nuits, semblant nous épier pour le compte de son fichu Théocrate ! Nous somme prêt à vous verser pour cela une récompense qui ferait de vous un homme riche pour deux génération à venir, et plus s’il en est besoin ! Pitié, seigneur melnibonéen, aidez-nous, je vous jure par Straasha que vous ne regretterez pas vos efforts ! Votre science dans l’Art de la magie chaotique devrais vous permettre mieux qu’à quiconque de trouver le moyen de nous sortir de ce guêpier… »
- Rien que ça ! Et bien… Votre histoire m’intrigue, même si votre promesse de paiement me laisse de marbre… Sachez que Farylh Vern décide lui-même de la récompense qui lui est attribuée pour ses efforts. Mais ne parlons pas de cela pour l’instant, nous verrons la chose une fois le problème résolu… » Un sourire carnassier éclaira un instant les traits fins du sorcier melnibonéen, puis il repris : « Il me faudrait pour commencer avoir accès libre à votre entrepôt, ainsi qu’une avance substantielle pour les dépenses que je vais être amené à faire au sujet de votre affaire : disons 500 pièces d’argent pour l’instant… »
- Pour l’instant ?! » s’étouffa Tirshan l’avare
- Affaire conclut ! Le coupa Korün, lui jetant un regard agacé : « Désire-tu subire la malédiction jusqu’à ta mort et au-delà ? Très peu pour moi. Messire Vern est l’homme de la situation, j’en suis persuadé, et si tu es aussi avare que nos concurrents le prétendent, je suis prêt à lui remettre la somme sur ma part personnelle, mais méfie-toi, je reprends alors l’affaire à mon compte, je ne paierais pas pour ta misérable vie, ni celle de ton arriéré de neveu ! » Tirshan, sur l’insulte, était devenu rouge d’embarras et de colère, puis il articula péniblement :
- C’est bon, c’est bon… Je verserais ma part et celle de mon neveu. » puis il se tourna vers Farylh : « Veuillez nous excuser un moment, le temps que nous réunissions la somme… Je vous laisse en compagnie de mon neveu. »
- Savez vous que j’admire depuis toujours votre race, pour son savoir faire en sorcellerie et sa connaissance inégalée emmagasinée au fil des siècles ? »Le plis ironique des fines lèvres de Farylh Vern démentait la dureté de ses paroles, pourtant elles suffirent à faire retomber au silence le neveu de Tirshan.
- Si vous nous admirez autant, vous devez sans doute savoir que nous sommes également une race secrète, à part et gardant le plus possible ses distances avec les individus assoiffé de savoir tel que vous… »
- Puisque vous êtes si puissant, vous devriez savoir alors que mon oncle à mentit à propos du Tapis ? »Le sorcier laissa voir sa surprise, non par la teneur de l’information (il comptait de toute façon sur Qish’Trhalh, le démon de savoir lié au pendentif en crystal qu’il portait toujours avec lui, pour ce genre d’information dont il l’avait chargé trois heures plus tôt), mais par l’informateur lui-même, dont il ne lui serait même pas venu à l’idée qu’il pût trahir qui que ce soit, tellement sa naïveté suait de son visage boutonneux. Il pris note de réviser son jugement quand au rôle de cet étrange gamin, puis, faignant d’ignorer le plaisir évident que prenais Krelh d’avoir surpris un melnibonéen, il répliqua d’une voix suave :
- Tiens donc, quelle surprise ! Mais je constate que vous êtes plus intelligent que vous ne l’avez laissé paraître au cours de cette soirée… Surprenez-moi encore en me racontant tout ce que vous savez, et je partagerais volontiers un peu de mon savoir avec vous… »Krelh de Neros, mordant au compliment et la promesse imprécise de Farylh, poursuivi d’une voix ou perçait l’excitation :
- De toute façon, vous l’auriez sûrement deviné en peu de temps (Farylh dû cacher une nouvelle expression de surprise, se contentant de garder son air intrigué)… En fait, mon oncle avait découvert, au cours d’un inventaire de ses fichus tapisseries, un tapis sortant de l’ordinaire… Je le sait parce qu’il m’avait forcé à l’accompagner, pour m’inculquer les principes de base du métier, comme il disait.Le jeune dandy s’arrêta à ce moment, interrompu à la vue des deux marchands de retour. Peu importe, Farylh en savait désormais assez pour orienter ses recherches. Il versa de nouveau du vin dans les quatre verres, puis fit un clin d’œil à Krelh, lui faisant signe de ne souffler mot de leur conversation. Les deux marchands s’attablèrent, et vidèrent leur coupe, puis Korün dit en sortant un sac prometteur de sous sa tunique ample :
« C’était effectivement un objet captivant : brodé comme par les mains d’une déesse, aux fresques d’une pureté magnifique, qui montraient des scènes de sorciers penchés sur des grimoires volumineux, ainsi que de démons intrigués flottant autours des sorciers et lorgnant les grimoires par-dessus leurs têtes. Le tapis semblait vibrer d’énergie, et il n’était nul besoin de pratiquer l’Art pour sentir qu’il était magique… à cette vision, mon oncle ne put retenir une exclamation approbatrice : « Quelle merveille, quel rendu ! Cette œuvre d’Art doit valoir plus que la moitié de tout le stock réuni ! » dit-il. A notre grande surprise, le tapis répliqua d’une voix charmeuse : « En Vérité, bien plus que la fortune réunie de tous les marchands de ton île, Tirshan de Neros, dit Tirshan l’avare… ». Mon oncle, trop émerveillé pour relever la pointe sarcastique du Tapis au surnom –justifié- de celui-ci, demanda, spéculant déjà mille merveilles à retirer de l’objet :
« Et il parle ! Admirable ! Mais dit moi, tapis, tu à l’air d’être bien renseigné, pour connaître mon nom et ta valeur en or… Quelles sont tes capacités ? Est-tu un démon de savoir enfermé dans cette œuvre si finement tissée ? », le Tapis lui répondit : « Je suis bien plus que ça, mortel, je suis l’œuvre ultime de mon créateur : Malock Lui-même !
Je suis… » - Ca suffit pour le moment ! le coupa mon oncle, avec un mauvais regard à mon encontre, « Je te prends avec moi, tu es trop précieux pour être vendu à un simple clampin de ma profession… Quand à toi, mon très cher neveu (je frissonnais d’avance à ce ton de froide spéculation), je te préviens : parle de ça à qui que ce soit et je te jure que tu prieras longtemps la mort pour qu’elle te prenne… Comprends-tu ?! », -Oui mon oncle, je te le jure mon oncle, pitié ! (je sais maintenant qu’il me crû assez couard pour me laisser la vie, mais je n’en étais à ce moment là pas sûr du tout…) »
Il prit mon serment pour argent comptant, et sur un dernier regard venimeux, s’empara du Tapis et fila en me confiant le reste de l’inventaire. »
- Et voilà : 500 pièces d’argent, sonnantes et trébuchantes… Vous pouvez me faire confiance, mais si vous préférez compter… »
- Je m’en voudrais de manquer de confiance envers mes nouveaux employeurs, dit Farylh, et je vous sait être un homme de parole ! Bien, à présent, je vous laisse, je vous re-contacterais dans deux jours. Ne vous inquiétez pas, je saurais où vous trouver…
Sur ce, faites de beaux rêves ! » termina t’il d’une voix amusée, faisant frémir les trois marchands…
Cette nuit-là, le melnibonéen eu le sommeil
agité. Au cours d’une vision ou il se retrouvait dans un plan chaotique
à la recherche d’information sur le Tapis de Vérité,
l’ombre d’un esprit malveillant vint vers lui, la haine plaquée
dans son regard mort-vivant, et Farylh sentit automatiquement le danger
: le fantôme essayait de lui voler son essence vitale. Une lutte
de Pouvoir s’engagea aussitôt, mais l’esprit se trouva vite battu,
le melnibonéen repoussant son attaque psychique presque avec dédain.
- Tu doit être le Pan’Tangien des trois marchands de l’île des Cités Pourpres » s’entendit-il dire dans son rêve, qui n’en était vraisemblablement pas un, « Je ne m’étonne pas qu’un parvenu de ton espèce ai crût pouvoir vaincre un melnibonéen si facilement… Décidément, votre orgueil vous trahit ! »Vers la fin de sa tirade, la voix du Pan’Tangien augmenta régulièrement de volume, se terminant comme un grondement de tonnerre qui mit à mal la santé mentale du melnibonéen.
L’esprit répondit en ricanant :
- Et toi, tu te crois peut-être invincible, reste d’une race presque éteinte… Je ne peu te vaincre car ma mort m’a volée une grande part de mon Pouvoir, mais sache ceci : tu t’es mêlé d’une affaire qui te dépasse. Je ne suis pas le seul en cause, et d’ailleurs je t’apporte un message d’une puissance que tu ferais mieux d’écouter… »
- Donne moi le message de Malock, serviteur, que je puisse finir de dormir… »
- Tu te crois si supérieur pour dédaigner un Seigneur du Chaos ? Alors soit, écoute : Ta race m’a fidèlement servie jusqu’ici, et même si je ne suis pas ton Dieu protecteur, ton obéissance doit m’être totale si tu ne tient pas à encourir mon courroux… Ne te mêle plus de cette histoire, elle ne te concerne pas ! »
- Bonne journée, messire Double-sens, nous avons à parler affaire, tout les deux ! »Cette tache accomplie, Farylh se mit en quête de la Rue des Ecorchés. Il était obligé pour acheter les drogues, la craie et l’encens nécessaire au rituel de descendre dans la ville souterraine de Jadmar (là où, à Bakshaan, il aurait pu rentrer dans n’importe qu’elle herboristerie) et de trouver ensuite le marché aux esclaves.
- Qu’ ? Quoi ? Qui es-tu, je ne te remet pas ?! Mais (le mendiant pâlit à la vue du Melnibonéen)… Mon Prince m’honore en m’appelant par mon nom, mais je ne connais pas le sien ?… Me gratifieriez-vous d’une petite pièce de bronze, pour mon repas de la semaine ? »
- Ne m’interromps plus. Je sais que tu tiens un trafic de jeunes enfants vierges destinées aux menus travaux des sorciers comme moi, et tu vas me retrouver ce soir deux heures après la tombée de la nuit, à la porte nord-ouest de la cité, 200 mètres après la Porte, tu prendras le petit sentier qui part en coupant la forêt vers Nadsokor, ton sanctuaire à toi et à tes frères de guilde, tu me trouveras sur ce chemin. Apporte trois enfants, deux filles et un garçon en bonne santé, je te paierais en pièces d’argent. Si tu veux vivre encore un peu, ne triche pas sur la « marchandise », car j’en serais immédiatement informé. Je te laisse imaginer la suite… »
« Psst ! »Le mendiant, qui ne portait plus ni béquille ni bandeau, sursauta de peur et se retourna :
« Messire ! Ayez pitié de mon pauvre cœur ! Il n’est plus ce qu’il était du temps de sa jeunesse…hum… me voilà comme convenu, mais je ne vois toujours pas la lueur émise par l’argent de mes futures pièces… »Le regard brillant, le mendiant esclavagiste eu un geste de la main tenant sa lanterne, et quelques minutes plus tard, deux solides gaillards tiraient par une corde trois gosses, des colliers aux cous et les traces d’herbes médicinales sur leur corps.
- Ha ! mais les voilà, mon ami Double-sens, mais ton nom me rappelle que je ne vois toujours pas ma marchandise. »
- Par Arioch ! Ces gosses sont blessés ! N’as-tu donc aucun instinct de survie, pour te moquer de mes instructions et m’amener des enfants moitié-mort le sourire aux dents ? »Le gargouillement de l’ex-mendiant fut sa seul réponse quand l’épée gauche de Farylh lui perça la gorge, poussant un cri de plaisir.
- Buvez, cela vous rendra des forces pour marcher. »Ils s’exécutèrent, pétrifiés par l’angoisse, et peu de temps après un sourire niais leur collait aux lèvres.
- Bien, suivez moi, ce n’est pas très loin. »Il se mit en marche, les enfants suivant béatement derrière lui, et après une marche de trois kilomètres en forêt, ils débouchèrent dans la clairière aménagée par les trois gnomes qu’il avait invoqué à la tombée de la nuit. Son brasero éclairait l’octogone qu’il avait tracé à la main, avec d’infinies précautions et au bout de trois heures (certains Sorciers passaient des semaines à vérifier leurs octogones, la moindre erreur pouvait leur coûter plus que la vie…).
- Pour qui te prends-tu, melnibonéen, pour te risquer à m’invoquer de la sorte, dans une clairière minable au sein d’un pays loyaliste, ou les Champion de la Loi ont tous maintenant leur Amulettes qui vibrent pour annoncer ma présence ??? » (tout en parlant, le Démon faisait méticuleusement le tour de l’octogone, à la recherche d’une faille, d’une Rune tracée imparfaitement)Le Démon tourna comme un lion en cage, réfléchissant à pleine vitesse, pesant le pour et le contre. Puis Farylh cru apercevoir l’esquisse d’un sourire sur le masque de chair, et le Démon trancha :
- Non pas que je veuille te créer plus de désagrément que ça, Balargh, mais je vais avoir besoin de toi pour une durée indéterminée, et je pense que par sécurité je devrais te lier… »
- Tu crois ça, morveux ! Et si tu te surestimais et que je l’emporte ? Hein ? Vas-tu en courrir le risque ?
- M’y forceras-tu ?
- Soit, melnibonéen ambitieux, cela fait longtemps que je n’ai pas aidé l’un des tiens, dit ce que tu désires me voir accomplir, et j’y réfléchirais.A la limite de l’inconscience, notre sorcier fit ingurgiter une potion somnifère au garçon qui restait, rampa jusqu'à la paillasse qu’il avait installé au centre de Runes de Protections, et plongea dans un sommeil réparateur au moment où sa tête touchait le sol.
Les traits tendus par la concentration, Farylh lui exposa le rôle qu’il aurait à tenir ces prochains jours…
L’odeur de viande grillée était appétissante, le
cochon que lui avait capturé et dépecé le Gnome finissait
de cuire, les arômes des herbes cueillies le deuxième jours
de sa présence dans cette clairière improvisée donnaient
une odeur plus fine à la viande.
Les restes des trois jeunes corps avaient servis d’offrande à
Grome de la Terre, en remerciement de l’aide apportée par ses enfants
les Gnomes.
Farylh était satisfait de lui. Il en savait maintenant suffisamment
pour agir.
Mais l’histoire était délicate. Le risque d’une inimitié
avec Malock le dérangeait, et les ennuis que risquaient de lui donner
l’île de Pan’Tang et leur Théocrate n’étaient pas négligeable
non plus. Mais les Pan’Tangiens ne seraient pas des obstacles mortels,
tandis qu’un Duc des Enfers…
Pourtant, si le déroulement suivait son cours…
Trois jours plus tard, Korün le Bref et ses deux comparses reçurent
une invitation à retrouver le Melnibonéen sur les quais du
port, en début d’après midi. La présence des trois
marchands était exigée.
Tirshan l’Avare, pensait Korün alors qu’il se dirigeait vers l’appartement
de son associé, devenait de plus en plus nerveux. Pourtant, et à
son grand soulagement, le spectre du Pan’Tangien n’était pas réapparut
depuis la nuit ou ils avaient engagés l’étrange Melnibonéen.
Cela faisait à peine une semaine, mais le soulagement valait pour
trois ans… Ses pensées revinrent à Tirshan. Il sentait que
celui-ci lui cachait quelque chose, mais il était certain que si
cela avait un rapport avec leurs ennuis, il n’aurait pas osé le
tenir secret.
Il arriva devant sa porte, et tapa deux coups brefs. Son compagnon
de commerce le reçut les traits du visage tirés, un sourire
crispé aux lèvre :
- Hé bien, toujours à l’heure Korün ! Bon allons chercher mon niais de neveu, et par les Enfers, finissons en avec cette histoire ! »Après quelques échanges plus banals, ils se dirigèrent vers la chambre de Krelh de Neros, et Tirshan aboya son nom. N’obtenant pas de réponse, il se mit à taper à coups assourdissants sur la porte, mais après l’intervention du voisin, grand type qui avait l’air d’un mercenaire en pleine forme, ils descendirent parler à l’aubergiste.
- Le Sorcier ne nous à pas signifié qu’il avait résolu notre problème, ne vas pas si vite en besogne. Tu devrais déjà être content que l’esprit ne nous ai pas dérangé ces derniers jours…- Comment ? (Tirshan avait l’air anéantis par cette phrase) Tu n’es plus… ? Ah, dit-il en se reprenant, tu parle de sa présence psychique, mais il revient hanter mes rêves même sans le vouloir ! Non, mon ami, je mettrais du temps à oublier cet incident et notre retour sur l’île des Cités Pourpres sera un soulagement pour moi, pour nous tous je crois… »
- Qu’eque vous’vlez ? grommela le patron de l’auberge, mécontent de cette interruption.Etonnés par cette remarque, les deux compères sortirent de l’établissement et filèrent vers leur entrepôt des quais, pensant d’un commun accord que Krelh les avait précédé pour mieux satisfaire sa curiosité malsaine sur le melnibonéen.
- Nous sommes à la recherche du neveu de mon associé, répondit Korün d’un ton abrupte, l’avez vous vu sortir à midi ?
- P’t’être ben qu’oui… A combien vous estimez cette information ? Rien n’est gratuit dans cette maudite ville !
- Hum ! Korün jeta un regard en biais à Tirshan et lança trois pièces de bronze au tenancier comme son partenaire ne réagissait pas.
- Ca y est ! Ca m’revient. Il est sortit il n’y a pas longtemps, un peu après l’heure du déjeuner. Il avait un drôle d’air, vot’pote ! Y’m’filait les j’tons rien qu’en le regardant ! On l’aurais dit possédé ! »
- Qu’avez-vous fait de votre neveu, Tirshan ? Demanda t’il sans aménité.Tirshan l’Avare jeta un regard de désespoir à son associé, et sans un mot prit le chemin de leur auberge. Farylh suivit sans un mot, et Korün, visiblement écœuré par le tour que prenait l’histoire, ne pris même pas la peine de questionner son partenaire. Il se mit à droite du Sorcier, l’air sombre.
- Mais je croyais qu’il…
- La ferme, imbécile ! Les choses ne se déroule pas comme prévues, je n’aime pas les complications que j’entrevois. Tirshan ! Avez-vous toujours le Tapis en votre possession ?
Tirshan pâlit sous la révélation de son secret. Le front de Korün prit des plis orageux, et il demanda d’un ton vif :
- Qu’est-ce que c’est que cette histoire, Tirshan, je croyais… »
- Suffit, je n’ai pas le temps de vous voir vous disputer ! Je veux que vous (il regarda Tirshan, qui faillit s’évanouir quand une lame aux fil plus tranchant qu’un rasoir se matérialisa comme par magie sous son cou, en fredonnant un air joyeux) m’ameniez directement à la cache où vous avez entreposé le Tapis de Vérité. Vous n’aurez même pas le temps d’une parole de protestation ou de mensonge sans que ma lame ne boive votre âme (le fredonnement monta en crescendo), si vous ne m’amenez pas à cette cache immédiatement ! »
- Mais ! La clé…Comme s’il avait un démon de Torture aux fesses, le marchand se dirigea vers son lit, et tira un coffre dissimulé dessous. La clé pendait à la serrure. Il ouvrit le coffre fébrilement et constata que le double fond de celui-ci était vide.
- N’est plus là, on a crû comprendre ! » Dit Farylh d’un air lugubre, « Vérifiez l’endroit où vous avez caché ce Tapis, vite ! »
- Bien, inutile m’attarder plus avant, repris Farylh l’air pensif, je vous laisse à vos explications ! Cette affaire a prie un tour dont vous ne sauriez imaginer les conséquences pour vos âmes, ne parlons pas de celle de votre neveu, qui à déjà été vendue. Le prix que vous aurez à payer pour mon aide va considérablement augmenter, l’information vaut ce qu’elle vaut. Mais tant que je sauve vos deux âmes, je ne pense pas que la moindre protestation soit utile. De plus, je ne vous laisse pas le choix.Suite de quoi, le melnibonéen sortit de son sac (qui pendait dans son dos) une statuette en forme d’oiseau, taillée dans une pierre noire inconnue aux deux marchands, et il fredonna en Haut-Melnibonéen l’air absent.
Un court instant qui parut durer deux heures au Sorcier s’écoula,
pendant lequel il se sentit déchiré dans son corps, puis
cette sensation disparue et il ouvrit les yeux sur la clairière
où il avait fait ses invocations. Il n’avait pas révélé
aux marchands que Krelh de Neros était depuis deux jours sous le
contrôle de son Démon de Possession. Mais s’il avait pensé
contrôler le Démon, il s’était trompé et payait
aujourd’hui le prix de sa présomption.
Mais il n’était pas de sang Melnibonéen pour rien, et
ce qui était fait était fait. Il pensait déjà
aux solutions qu’il avait pour le retrouver avant que celui-ci ne s’échappe
(si ce n’était déjà fait) du Plan des Jeunes-Royaumes.
S’il avait choisit la clairière comme destination, c’était
parce que cela semblait le seul endroit où le parjure pouvait trouver
une brèche vers son Plan, du moins le seul qu’il connaisse. Mais
si le Démon de Possession se trouvait être un agent de Malock,
le Duc Chaotique du Savoir, il pouvait disparaître n’importe où.
A moins que…
Farylh savait que les Dieux n’avaient pas le pouvoir d’intervenir directement
sur les mortels, à moins qu’un Sorcier ne les convoque sciemment.
De plus le pacte qu’il avait conclu avec ce Démon aurait dû
lui garantir une totale obéissance. Même sous l’ordre d’un
Dieu, il ne pouvait trahir le pacte…
Un sentiment de danger mit fin à ses réflexions, et il
dégaina silencieusement ses deux épées-démons
en regardant dans la direction d’où des bruits de pas s’annonçaient.
Krelh de Neros (ou plutôt le démon renégat) écarta
une fougère et s’arrêta à la vue du Melnibonéen.
- Me voilà, Sorcier, mais ce Tapis n’est pas pour toi ni pour aucun mortel de ce Plan et d’ailleurs. Tu as facilité ma tâche, aussi serais-je clément avec toi, et te laisserais-je en vie. Déguerpis, et que je ne te revois plus ! »Celui-ci se contenta de croiser les bras de Neros, et les deux lames-démons filèrent chacune d’un côté du cou de leur cible. Les lames tranchèrent la tête avidement, et le démon recula de trois pas. Une tête informe repoussa instantanément, munie de mandibules et d’une multitude d’yeux tournoyant un peu au dessus du sommet du crâne chauve et parsemé de pustule.
- Tu me semble bien prétentieux, Démon… Je ne crois pas devoir te laisser continuer (Farylh s’approchait du Démon, tandis que ses Lames poussaient un son d’approbation), et même si j’aurais bien aimé comprendre comment tu as réussi à transgresser un pacte, je pense que la récupération de ton vol et ta juste punition me suffira !
- Viens, petit mortel, ton âme m’offrira plus de plaisir que tu ne le soupçonne… »
- Du sang et des Ames pour mon Seigneur Arioch ! » cria Farylh en s’élançant prestement sur le Démon.
- N’as-tu donc toujours pas compris à qui tu as à faire, mortel stupide ? Tu n’aurais jamais dû tenter de prendre ce qui me revient de droit ! Tu ne connais pas la valeur de ce Tapis : j’y ai gravé toute Mes Connaissances , c’est le Réceptacle de Mon Savoir ! Le Savoir Ultime ! Cela dépasse l’entendement d’un simple mortel. »La colère de Malock l’avait fait relâcher insensiblement son attaque psychique, et Farylh mit toute la force qu’il lui restait dans un cri déchirant, dont les syllabes firent reculer Malock malgré lui :
- Ma…Malock ? Co-comment un Dieu ose t’il intervenir dans ce Plan sans que l’on ne l’y ai convié ? Tu…ne…peut pas… »
- Suffit ! J’ai tout les droits ! Je suis un Duc du Chaos ! »
« J’invoque Mon Seigneur Arioch ! Arioch, cinquante âmes en échange de Ton aide ! Ariooochh, entends ton serviteur ! Ariooooocccchhhh ! »
Malock tourna sa tête d’un côté et de l’autre,
ne sachant pas trop à quoi s’attendre.
Un temps passa, puis Farylh perdit tout espoir. Comme Malock se retournait
pour l’achever, un puissant vrombissement le fit s’arrêter. Un millier
de mouches tournaient entre le melnibonéen et Lui. Elles imitèrent
une forme humaine, de plus en plus dense jusqu’à prendre une consistance.
Les contours s’affinèrent, et un melnibonéen au visage inhumainement
beau fit face à Malock. Il émis un soupir désolé,
et d’une voix triste et mécontente, un peu à la façon
dont un père gronderait son fils préféré, dit
:
- Malock, mon égal, tu as commis une grosse faute en interférant avec ce Plan. Tu connais mieux que quiconque les Lois qui nous gouvernent, et ton comportement risque d’être sanctionné par Tes Pairs. J’ai d’ailleurs leurs soutiens pour te renvoyer dans Ton Plan. Aussi excuse moi, mais il me faut encore m’entretenir avec mon esclave personnel, et je suis limité dans le temps. »La nuée de mouche repris le dessus sur l’apparence melnibonéenne (Farylh préférait presque cette apparence à l’autre, impossible à regarder sans la perte de sa Santé Mentale), et fondit sur l’Avatar de Malock. Celui-ci hurla des paroles de représailles qui firent froid dans le dos du sorcier, puis ces cris faiblirent, et quand la nuée reprit la forme d’un Melnibonéen, il ne restait plus rien mis à part les os de Krelh de Neros et le Tapis de la Vérité, Trésor perdu de Malock depuis plus cinq mille ans qui lui échappait de nouveau.
- Ah, mon esclave ! Ma marionnette chérie, tu m’a été très utile dans cette affaire. Sans le savoir, tu as servi Ton Dieu Titulaire, et maintenant je possède un artefact assez puissant pour être une monnaie d’échange très précieuse… »Farylh avait faillit se raidir en écoutant Arioch. Devenir Agent du Chaos signifiait dépendre totalement du bon vouloir de son Dieu, et il n’était pas sûr d’aimer cette situation (Un dicton melnibonéen disait « Aucun Démon ne contrôle un Melnibonéen, pas même un Duc du Chaos »), même s’il était entièrement dévoué à Arioch.
- Mon Seigneur ! (Farylh se tenait courbé, en une révérence non feinte à l’égard d’Arioch) Je suis votre dévoué… Les âmes que je vous ai promises seront toutes Pan’Tangienne, si Vous me l’ordonnez ! (Pan’Tang était le fief de Malock, à égalité avec Chardros, et Arioch n’y avait presque pas d’adeptes) »
- Peu m’importe, mon petit… Mais j’ai une mission pour toi qui, si tu l’accomplie parfaitement, te donnera la puissance d’un vrai serviteur du Chaos. Oui, je prévois de grande chose pour toi… »
- Mon Maître me fait trop d’honneur… Je ne me sens pas digne de…Une myriade d’émotion traversa Farylh, la fureur et l’espoir prédominant. La certitude que son Destin ne commençait réellement qu’à cet instant lui effleura l’esprit, et il dit d’un ton ferme :
- Suffit ! Tu ne peut refuser cette opportunité ! Je te croyais plus ambitieux… Peut-être me suis-je trompé sur ton compte… Je connais ton désir le plus cher : restaurer la Puissance de ta race, et punir ton Empereur si l’occasion se présente. Mais espères-tu réellement y arriver sans posséder l’égale de l’Epée Runique que je lui ai remise ? Je sens que tu change d’avis…bien, sache que pour l’instant je ne te permettrais pas de toucher à Mon pion favoris, Elric ton Empereur. Mais prouve moi que tu es digne de le remplacer, alors peut-être les choses prendront un tour nouveau. »
- Mon Duc, pardonne moi cet instant de doute. Mon âme te revient depuis le jour de ma naissance, et je te servirais fidèlement aussi longtemps que tu le voudras ! »La nuée de mouche réapparue une dernière fois, et se dispersa tandis qu’une force renouvelée parcourais le corps du sorcier.
- Bien, très bien, voilà qui est mieux ! Je doit maintenant te quitter, je t’informerais de ta Quête au moment opportun. En attendant, accompli ta promesse, mais ne vas pas sur Pan’Tang, pour cela. Pas encore, pas tant que je te l’ordonnerais. A bientôt, mon fidèle esclave, ne me déçois plus ! »
Epilogue
Tirshan l’Avare, anxieux et
résigné, attendait en compagnie de son ex-associé
la venue du melnibonéen. Korün, après sa décision
sans appel sur leur association, ne lui avait plus adressé la moindre
parole. C’était injuste, la malchance le poursuivait depuis sa naissance.
Mais qui aurai pu résister à la tentation de s’approprier
un tapis d’une telle valeur ? Il n’était fautif en rien, dans cette
histoire. Seul la malchance avait accomplie ses méfaits dans cette
histoire.
Le Sorcier leur avait donné rendez-vous à l’orée
de la forêt qui débutait 300 mètres après la
Porte Est de Bakshaan. Ils avaient sans même se consulter apporté
la totalité de leur fortune. Même Tirshan n’avait pas osé
tricher. Il se sentait comme un cochon que l’on est sur le point d’égorger…
Il fut presque soulagé en voyant un cavalier à la robe
vert-noir galoper dans leur direction. Le Sorcier arborait un sourire inquiétant,
et Tirshan blêmit en apercevant dans cet ordre, le fait que celui-ci
ne piétinait pas l’herbe et semblait légèrement léviter
, et ses yeux blancs, un détail mais qui avait son importance pour
le marchand.
Le pire, c’est que son ancien associé, au lieu de blêmir
également, se contentait de ricaner de sa déconfiture.
Farylh sauta à bas de sa monture démoniaque et
fit une légère courbette en direction des deux marchands.
- Mes nobles employés, notre affaire est réglée et je viens régler nos comptes. »Un éclat fila devant les yeux du marchand, et il mit quelques secondes avant de s’apercevoir que son bras droit entier depuis son épaule avait chut par terre. Il poussa un hurlement d’horreur et s’évanouit. Les dernières paroles qu’il entendit furent de Korün :
- Quand est-il des marques derrières nos cous qui n’ont pas disparues ? »
osa demander Korün,
- Et bien, répondit Farylh, tant que vous vous tenez à bonne distance de tout Pan’Tangien, cela ne vous dérangera point. » Il fixa Tirshan : « Mes condoléances pour votre neveu, il n’a malheureusement pas survécu au démon qui l’avait possédé. Mais soyez heureux, vous êtes toujours en vie et Malock à désormais les yeux rivés sur moi, ce qui vous sauve de sa vengeance qui m’est maintenant destinée ! »
- Mais… – un gargouillement difforme qui pouvait passer pour un « mais »- qu’en est-il du paiement, mon seigneur ? Vous… n’aviez pas précisé la somme exacte… »
Le sourire de Farylh s’évanouit et sa voix devint égale :
- Pour vous, Korün le Bref, je vous demande cinq milles grands Bronzes, je pense que vous n’y verrait pas d’inconvénients ? »
- Vous mériteriez bien plus, vous m’avez sauvé la vie », dit Korün avec chaleur en se dirigeant vers un de ses coffres.
- Et vous, messire Tirshan, dit l’Avare, la mort de votre neveu vous exempte de tout paiement », commença Farylh, « Mais votre mensonge, votre avarice qui vous a fait mettre en danger vos compagnons, et ce que vous représentez mérite mon dédain. »
- Il mériterait pire… tenez, Farylh Vern, que Votre Dieu vous protège du courroux de Malock »
La réponse de Farylh, que Tirshan n’entendit pas, était empreint de conviction :
- Oh, mais il y veille… mon destin n’est pas de périr des représailles de Malock, du moins tant que j’ai encore à faire mes preuves. »
Puis sur une dernière courbette, il se remit en selle et partit sur la route menant vers Bakshaan, qui traversait plusieurs villages d’âmes menacées.